Une crotte de bécasse, ou plutôt une fiente de bécasse, ne ressemble pas à une crotte : c’est une large tache blanche, sans odeur, avec une petite tache noire au centre, posée à plat sur une feuille morte. Les chasseurs et les naturalistes l’appellent un « miroir ». On la trouve en sous-bois, sur une feuille de chêne ou de châtaignier, en général de l’automne à la fin de l’hiver, quand les bécasses migratrices sont chez nous. Si vous tombez sur ce petit « œuf au plat » blanc et noir au fond d’un jardin qui touche un bois, il y a de bonnes chances qu’une bécasse des bois soit passée par là.
Mon fils a trouvé son premier miroir un dimanche de novembre, lors d’une balade en forêt. Il était persuadé que quelqu’un avait renversé un pot de peinture blanche sur les feuilles. Une fois qu’on sait ce que c’est, on en repère d’autres, et c’est souvent la seule trace qu’on aura de cet oiseau si discret. Voici comment la reconnaître, la distinguer des autres fientes et crottes du jardin, et ce qu’il faut en faire, c’est-à-dire pas grand-chose.

Comment reconnaitre des crottes de bécasse ?
Trois choses suffisent presque toujours : la forme en tache, les couleurs blanc et noir, l’absence d’odeur. Ajoutez-y le lieu et la saison, et le doute est levé.
Caractéristiques distinctives des crottes de bécasse
- Forme : une tache plate et assez large, plus ou moins ronde, collée sur la feuille. Ce n’est ni un boudin ni une boulette, comme le sont les excréments d’autres animaux qu’on croise en forêt.
- Couleur : un grand cercle blanc laiteux avec, au milieu, un petit « patch » noir ou brun très foncé. C’est ce contraste, bien visible sur une feuille brune, qui lui vaut son nom de miroir.
- Odeur : aucune. L’encyclopédie Wikipédia décrit la fiente de la bécasse des bois comme « large, blanche et sans odeur ». Une odeur forte doit vous orienter vers un autre animal.
- Disposition : on trouve en général des miroirs isolés, au hasard d’une coulée ou d’une lisière, pas des tas accumulés au même endroit comme sous un perchoir de pigeons.
Où et quand trouver un miroir de bécasse
La bécasse des bois est un oiseau typiquement forestier, qui aime les bois au sol humide couvert de feuilles mortes. Elle se nourrit essentiellement de vers de terre, qu’elle prélève avec son long bec. Le jour, elle reste dans ses « remises » forestières, où son plumage brun terne la camoufle ; au crépuscule, elle en sort pour aller se nourrir, parfois jusque dans les prairies pâturées ou les vignes riches en lombrics.
Côté calendrier, Wikipédia indique qu’en France les bécasses migratrices et hivernantes sont présentes de début octobre à fin mars, début avril. Un bénévole de la LPO du Lot, dans une fiche consacrée aux fientes et crottes publiée sur Faune France, situe les premiers miroirs « dès le début novembre », sur une feuille de chêne ou de châtaignier tombée au sol. C’est aussi la période où les migrations battent leur plein : je fais le point sur les passages dans mon article sur la migration des bécasses. Une population plus modeste niche aussi en France.
Comment reconnaître les fientes d’oiseaux et les autres crottes : le comparatif
Chez les oiseaux, l’urine et les matières fécales sortent ensemble par le cloaque. La partie blanche que l’on voit sur presque toutes les fientes est faite d’urates, les déchets azotés de l’oiseau, et la partie sombre de matières digérées. Le magazine BBC Wildlife le résume bien : les fientes de la plupart des oiseaux se ressemblent, des taches blanches pâteuses, et seules quelques espèces en laissent de vraiment reconnaissables. La bécasse en fait partie, avec quelques autres qu’il est utile de connaître.
| Animal | À quoi ça ressemble | Où la trouver |
|---|---|---|
| Bécasse des bois | « Miroir » : tache blanche large et plate, petit centre noir, sans odeur | Sur les feuilles mortes en sous-bois, d’octobre à mars |
| Pigeon | Fiente classique blanche et foncée, souvent pâteuse ; la « colombine » des anciens | En quantité sous les perchoirs, les nids, les rebords de fenêtre et les balcons |
| Faisan | Environ 2 cm, épaisse et tubulaire, gris-vert recouverte de blanc | Au sol, souvent par groupes, près des cultures et des bosquets |
| Pic vert | 3 à 5 cm, fine et cylindrique comme une cendre de cigarette, sombre enrobée de blanc, pleine de restes de fourmis | Sur les pelouses |
| Héron cendré | « Fiente en flaque » blanche, grande comme la main | Sur une chaussée ou une cale de mise à l’eau, près des rivières et des étangs |
| Chouette ou hibou (pelote de réjection) | Pas une fiente : masse arrondie et allongée de quelques centimètres, feutrée, noirâtre, pleine de poils et d’os | Sous les arbres, les bâtiments ou les cavités où se posent les rapaces nocturnes |
| Chevreuil (pour comparer) | Petites boulettes de la taille d’un noyau d’olive, noires en hiver, souvent verdâtres le reste de l’année | En forêt et dans les jardins en lisière de bois |
Fiente de bécasse ou fiente de pigeon ?
La différence tient surtout au lieu et à la quantité. Le pigeon salit les endroits où il se pose et niche : un balcon, une gouttière, une branche au-dessus de la terrasse, avec des dépôts qui s’accumulent jour après jour. Le miroir de bécasse, lui, est isolé, au sol, sur une feuille morte, loin des maisons. Si vous avez des fientes en série sur le balcon, voyez plutôt mon article sur le nid de pigeon sur le balcon, qui explique aussi comment nettoyer.
Fiente de bécasse ou de faisan ?
Le faisan fréquente lui aussi les lisières, mais sa fiente n’a rien d’une tache plate. BBC Wildlife la décrit comme une masse épaisse et tubulaire d’environ 2 cm, gris-vert, recouverte de blanc, que l’on trouve souvent groupée. Elle a du volume ; le miroir de bécasse, lui, est collé à la feuille.
Pelote de réjection de chouette : ce n’est pas une crotte
C’est la confusion la plus fréquente au pied des grands arbres. Les rapaces nocturnes avalent leurs proies entières et ne digèrent ni les poils, ni les plumes, ni les os. Le Parc naturel régional du Haut-Languedoc explique que ces restes forment une masse arrondie, allongée, de quelques centimètres, le plus souvent feutrée et noirâtre, que l’oiseau régurgite par le bec. Un rapace en rejette en moyenne deux par jour. En ouvrant délicatement une pelote, on sépare les poils des petits os, le plus souvent ceux de micromammifères, c’est-à-dire de petits rongeurs et de musaraignes.
Ma fille en a ramassé une sous notre noyer, un matin d’hiver, persuadée d’avoir trouvé une « crotte de chat poilue ». Nous l’avons décortiquée ensemble avec une pince à épiler, gants aux mains, sur un journal : trois petits crânes de campagnols. Une chouette hulotte se posait visiblement dans l’arbre la nuit, et ce fut sa meilleure leçon de sciences naturelles de l’année.
Et les petites crottes noires du jardin ?
Un petit boudin sombre sur la pelouse, plein d’éclats brillants, n’est pas une fiente d’oiseau. Sur une pelouse, pensez au pic vert, dont BBC Wildlife décrit la fiente comme un cylindre fin de 3 à 5 cm qui ressemble à de la cendre de cigarette, rempli de restes de fourmis. Chez nous, il vient chaque automne fouiller les fourmilières du gazon, et ses petites « cendres » enrobées de blanc trahissent son passage avant même qu’on l’entende rire. Si c’est plus petit et sans blanc, comparez avec les crottes d’écureuil, les crottes de crapaud, pleines de débris d’insectes, ou, dans un grenier ou une grange, les crottes de chauve-souris, qui s’effritent en poudre sous les doigts.

Les crottes de bécasse sont-elles dangereuses ?
Pour le jardin : aucun problème
On lit parfois que les crottes de bécasse brûleraient les plantes ou acidifieraient le sol. Il faudrait pour cela des quantités énormes, concentrées au même endroit, ce qui n’arrive pas avec un oiseau solitaire qui laisse quelques miroirs çà et là. Quelques fientes sur des feuilles mortes finissent dans l’humus, comme le reste de la litière. Il n’y a rien à traiter, ni à « corriger » au sol.
Pour la santé : les précautions habituelles
Comme toutes les fientes d’oiseaux, celles de la bécasse peuvent véhiculer des parasites et des virus, rappelle Wikipédia. Le risque vient surtout des grandes accumulations de fientes sèches qu’on manipule ou qu’on balaie, ce qui n’est pas le cas d’un miroir isolé en forêt. C’est surtout vrai pour les pigeons : une fiche du ministère de l’Agriculture sur la cryptococcose précise que la levure responsable se multiplie abondamment dans les fientes, en particulier de pigeons, qu’elle y résiste plusieurs années une fois sèches, et qu’on compte en France une centaine de cas par an, quasiment toujours chez des personnes immunodéprimées. Pour un miroir de bécasse, retenez simplement : on ne touche pas à mains nues, on n’en laisse pas jouer les enfants, et on se lave les mains après la balade.
Faut-il se débarrasser des bécasses et de leurs crottes ?
Non. Une bécasse ne cause aucun dégât au jardin : elle ne s’intéresse ni aux semis, ni aux fruits, ni aux mangeoires, puisqu’elle mange surtout des vers de terre. Si l’une d’elles vient sonder votre pelouse un soir d’hiver, considérez-vous plutôt chanceux : son mimétisme la rend extrêmement difficile à observer.
Ramasser une fiente sur une terrasse
Si un miroir atterrit sur une allée ou une terrasse, enfilez des gants, retirez-le avec un papier absorbant ou une petite pelle, et lavez la surface à l’eau et au savon. C’est tout. Sur les feuilles mortes d’un massif ou au fond du jardin, laissez-le en place : la pluie et la litière feront le travail.
Pas de répulsif, pas de filet : la bécasse est un gibier réglementé
Inutile de pulvériser du poivre, de l’ail ou des huiles essentielles, de tendre des filets ou d’installer un épouvantail : ces « solutions » ne règlent aucun problème, puisqu’il n’y en a pas, et un filet tendu peut piéger des oiseaux. La bécasse des bois est un gibier : elle ne se prélève qu’à la chasse, par un chasseur titulaire de son permis, pendant les périodes d’ouverture, et dans un cadre strict.
L’arrêté du 31 mai 2011 relatif au prélèvement maximal autorisé de la bécasse des bois, que l’on peut lire dans sa version en vigueur sur Légifrance, fixe le prélèvement maximal autorisé (PMA) à trente bécasses par chasseur et par saison en France métropolitaine. Le préfet peut y ajouter des plafonds par semaine ou par jour, sur proposition de la fédération départementale des chasseurs. Chaque oiseau doit être enregistré en temps réel, sur le carnet de prélèvement avec son dispositif de marquage ou sur l’application mobile de la Fédération nationale des chasseurs, et le carnet doit être renvoyé à la fédération au plus tard le 30 juin, même sans aucune prise. Ces règles existent parce que l’espèce est surveillée de près : Wikipédia rappelle que sa population est considérée comme en régression dans la plupart des régions où elle vit, et que les chasseurs en prélèvent 3 à 4 millions par an en Europe.
Pour ma part, je préfère de loin la garder comme visiteuse. Limiter l’éclairage extérieur la nuit, garder un coin de feuilles mortes sous une haie et éviter de traiter la pelouse, qui doit rester riche en vers de terre, sont les meilleurs moyens d’avoir un jour la chance d’en voir une.
Questions fréquentes sur la crotte de bécasse
À quoi ressemble une fiente de bécasse ?
C’est une tache large et plate, blanc laiteux, avec un petit centre noir, sans odeur, posée sur une feuille morte. Les chasseurs et les naturalistes l’appellent un « miroir ».
Quand trouve-t-on des miroirs de bécasse ?
Surtout de l’automne à la fin de l’hiver, quand les bécasses migratrices et hivernantes sont en France, de début octobre à fin mars ou début avril. On les repère en sous-bois sur les feuilles de chêne ou de châtaignier, souvent dès le début novembre.
Comment reconnaître les fientes d’oiseaux ?
La plupart se ressemblent : une tache blanche d’urates avec une partie sombre. Quelques-unes sont typiques : le miroir plat de la bécasse, la fiente épaisse et gris-vert du faisan, le petit cylindre de pic vert plein de fourmis sur la pelouse, la flaque blanche du héron. Une boulette sèche pleine de poils et d’os est une pelote de réjection de chouette, pas une fiente.
Les crottes de bécasse sont-elles dangereuses ?
Non pour le jardin, et très peu pour la santé : un miroir isolé ne pose pas de problème. Comme pour toute fiente d’oiseau, on évite de la toucher à mains nues et on se lave les mains si on l’a ramassée.
Peut-on faire fuir une bécasse de son jardin ?
Il n’y a aucune raison de le faire : elle ne cause aucun dégât. Les répulsifs et les filets sont inutiles, et la bécasse est un gibier dont la chasse est encadrée par un prélèvement maximal de trente oiseaux par chasseur et par saison, avec un carnet de prélèvement obligatoire.
Un miroir blanc et noir sur une feuille morte, c’est un petit cadeau de l’hiver : la preuve qu’un oiseau rare à voir est passé tout près. Regardez-le, montrez-le aux enfants, et laissez la forêt s’en occuper.
