La menace la plus grave pour le mûrier platane aujourd’hui n’est pas une maladie mais un insecte : le longicorne tigre (Xylotrechus chinensis), dont les larves creusent le tronc et peuvent tuer l’arbre. Pour les feuilles, les problèmes les plus courants sont la bactériose (taches noires ou brunes cernées de jaune), les taches foliaires dues à des champignons et l’oïdium (feutrage blanc). Sur le tronc, une coulure brune vient le plus souvent d’une blessure ou d’une gommose, mais elle doit faire chercher de petits trous ronds.
Le mûrier platane, ou mûrier à feuilles de platane (Morus kagayamae, que l’on trouve aussi sous les noms Morus bombycis ou Morus australis), n’a rien à voir avec le platane des boulevards : c’est un mûrier, de la famille des Moracées, apprécié pour son ombre dense quand il est conduit en parasol ou taillé en tête de chat. Cette précision compte, car beaucoup de pages attribuent au mûrier platane des maladies qui ne touchent que le platane. Je vous propose de partir des symptômes que vous voyez pour remonter à la cause.
Les maladies du mûrier platane en un coup d’œil
| Ce que vous voyez | Cause probable | Que faire |
|---|---|---|
| 🪲Trous parfaitement ronds de 5 à 6 mm sur le tronc, sciure au pied, coulées de sève, branches qui sèchent | Longicorne tigre (Xylotrechus chinensis), insecte invasif réglementé | Photographier et signaler à la DRAAF ou à la FREDON, ne pas déplacer le bois |
| 🍂Taches noires ou brunes anguleuses, auréolées de jaune, rameaux noircis | Bactériose du mûrier (Pseudomonas syringae pv. mori) | Couper les parties atteintes jusqu’au bois sain, désinfecter les outils |
| 🟤Petites taches marron sur les feuilles, surtout après un printemps pluvieux | Taches foliaires (champignons du type Cercospora) | Ramasser les feuilles tombées, aérer la ramure |
| ⚪Poudre blanche sous les feuilles en été | Oïdium | Le plus souvent esthétique, ramasser les feuilles à l’automne |
| 💧Coulure brune ou rougeâtre sur le tronc, écorce fendue | Blessure, gélivure, coup de soleil, gommose (ou insecte : vérifier les trous) | Nettoyer la plaie, surveiller, chercher des trous de sortie |
| 🌳Écorce nécrosée, branches qui meurent les unes après les autres | Chancres (plusieurs champignons possibles) | Supprimer et brûler les branches mortes, soutenir la vigueur |
| 🌞Bords des feuilles jaunis ou grillés, feuilles qui tombent en été | Sécheresse et chaleur, ou au contraire excès d’eau au pied | Arroser en profondeur ou drainer selon le cas |
Le longicorne tigre, la menace n°1 du mûrier platane
Si vous cherchez « maladie du mûrier platane » parce que votre arbre sèche par branches entières, c’est par lui qu’il faut commencer. Le longicorne tigre est un coléoptère originaire d’Asie (Chine, Corée, Japon). D’après la DRAAF Nouvelle-Aquitaine, il a été signalé pour la première fois en France en 2018, à Sète dans l’Hérault et au Bouscat en Gironde. Les mûriers, et en particulier le mûrier platane, sont ses hôtes préférés.
Comment le reconnaître
- L’adulte mesure 15 à 25 mm et porte des zébrures rousses, noires et jaunes qui rappellent un frelon. Ses antennes sont courtes pour un longicorne.
- Les trous de sortie sont parfaitement circulaires, d’environ 5 à 6 mm de diamètre, sur le tronc et les charpentières. C’est le signe le plus fiable.
- La sciure au pied de l’arbre ou dans les fissures, et des coulées de sève sur l’écorce.
- L’écorce qui se fend et laisse voir des galeries remplies de sciure tassée.
Le cycle dure un an. Les adultes émergent de mai à juillet, s’accouplent et pondent dans les fissures de l’écorce : selon la DRIAAF Île-de-France, une femelle peut déposer jusqu’à 80 œufs. Les larves passent l’hiver dans le bois et perturbent la circulation de la sève, ce qui provoque un dessèchement progressif de l’arbre jusqu’à sa mort. Les branches minées cassent aussi plus facilement par grand vent, un vrai risque au-dessus d’une terrasse ou d’une allée.
L’été dernier, en me promenant dans une petite ville du Sud, j’ai remarqué un alignement de mûriers platanes en tête de chat dont un seul avait le feuillage clairsemé. En m’approchant, j’ai vu quelques trous bien ronds sur le tronc et une fine sciure au pied. C’est exactement le tableau décrit par les services de l’État, et c’est ce qui doit vous faire réagir.
Où il est présent en France
L’insecte est aujourd’hui bien installé sur la métropole de Bordeaux, selon la DRAAF Nouvelle-Aquitaine, et autour du bassin de Thau. En Occitanie, la DRAAF recense 100 communes officiellement trouvées infestées fin 2025, dans l’Hérault, le Gard et l’Aude, contre une seule en 2018. Il se déplace par le vol des adultes, mais surtout avec le transport de bois ou de plants déjà infestés.
Que faire si vous le suspectez
Le longicorne tigre est classé organisme de quarantaine en France depuis l’arrêté du 11 mars 2022, ce qui rend la lutte obligatoire. Pour un particulier, les bons réflexes sont les suivants :
- Photographiez les trous de sortie, la sciure et, si vous en voyez, l’insecte adulte.
- Signalez la suspicion au service régional de l’alimentation (SRAL) de la DRAAF de votre région ou à la FREDON, avec la localisation précise. Les coordonnées figurent sur le site de la DRAAF de chaque région. En Occitanie, le signalement n’est demandé que dans les communes pas encore connues comme touchées.
- Ne déplacez pas le bois : ni bûches, ni branches, ni déchets de taille vers la déchetterie ou une autre commune sans consigne des services officiels.
- Faites détruire les parties infestées par broyage fin ou incinération, seules méthodes qui éliminent l’insecte d’après la DRAAF Occitanie. Elle précise que les copeaux ne doivent pas dépasser 5 cm dans chaque dimension, et recommande d’abattre et de transporter le bois de préférence entre novembre et avril, hors période de vol des adultes.
N’espérez pas sauver l’arbre avec un insecticide en pulvérisation : comme les larves vivent à l’intérieur du bois, la DRAAF Occitanie juge la lutte insecticide peu adaptée. Selon la zone où vous habitez, des règles locales s’ajoutent (arrêtés préfectoraux, dispositifs de protection des mûriers sains) : renseignez-vous auprès de la DRAAF avant toute intervention.
Taches marron ou noires sur les feuilles : bactériose et taches foliaires
Les taches sur les feuilles sont la raison la plus fréquente pour laquelle on m’envoie une photo de mûrier platane. Deux causes principales sont à distinguer.
La bactériose du mûrier, due à la bactérie Pseudomonas syringae pv. mori, commence par des taches d’aspect huileux, vert foncé et légèrement creusées, qui virent au brun puis au noir avec un liseré jaune. Les jeunes feuilles se déforment, les pousses présentent des stries noires et l’extrémité des rameaux peut sécher. Par temps humide, un léger suintement peut apparaître. La bactérie passe l’hiver dans les lésions des rameaux.
Les taches foliaires d’origine fongique (champignons du genre Cercospora notamment) donnent de petites taches marron, plus régulières, surtout lors des printemps et étés pluvieux. Une forte attaque peut faire tomber une partie du feuillage avant l’automne, sans menacer la vie de l’arbre.
Dans les deux cas, le traitement est d’abord mécanique : supprimez les rameaux atteints en coupant dans le bois sain, désinfectez la lame entre chaque coupe (alcool à 70° par exemple), ramassez et éliminez les feuilles tombées à l’automne. Ne les mettez pas au compost.
Feutrage blanc : l’oïdium du mûrier
Une poudre blanche qui apparaît d’abord sous les feuilles, en milieu ou fin d’été, signe l’oïdium. La station agronomique du Connecticut, qui publie un guide des maladies des arbres, le décrit comme une maladie plus esthétique que grave : quelques feuilles peuvent tomber, mais l’arbre n’est pas en danger. Ramasser les feuilles à l’automne limite la maladie l’année suivante. Un traitement à base de soufre ne se justifie que sur un jeune arbre très atteint, en respectant l’étiquette.
Coulure brune sur le tronc : gommose, blessure ou insecte ?
Un écoulement brun ou rougeâtre sur le tronc inquiète toujours. Sur un mûrier platane, il s’agit souvent d’une réaction de l’arbre à une blessure : écorce fendue par le gel, brûlure du soleil sur un tronc exposé après une taille sévère, choc de tondeuse ou de débroussailleuse. On parle de gommose quand l’arbre exsude ainsi de la sève épaissie.
Avant de conclure à une simple blessure, faites le tour du tronc et des grosses branches : des coulées de sève accompagnées de trous ronds de 5 à 6 mm et de sciure désignent le longicorne tigre. Sans trous, nettoyez la plaie en retirant l’écorce morte décollée, laissez sécher et surveillez. Une plaie nette, sur un arbre vigoureux, se referme en général d’elle-même. Je déconseille de boucher la plaie avec un mastic épais qui retiendrait l’humidité.
Maladie du tronc et des branches : chancres et dépérissement
Plusieurs champignons (Cytospora, Nectria, Gibberella et d’autres) peuvent provoquer des chancres sur les rameaux et les branches du mûrier : l’écorce brunit, se creuse, et la branche meurt au-dessus de la lésion. Seule une analyse en laboratoire permet de savoir lequel est en cause, mais la conduite à tenir est la même : supprimer et brûler les branches mortes en coupant bien en dessous de la zone atteinte, et redonner de la vigueur à l’arbre par un arrosage correct en période sèche.
Sur un mûrier platane taillé en tête de chat, les grosses plaies de taille sont des portes d’entrée idéales. Un ami qui taillait ses têtes de chat avec un vieux sécateur mal affûté se retrouvait chaque année avec des moignons déchiquetés qui noircissaient : depuis qu’il taille en hiver, hors gel, avec des outils propres et des coupes nettes, ses arbres cicatrisent bien mieux.
Feuilles jaunes ou qui tombent : souvent un problème de culture
Un mûrier platane qui jaunit d’un coup n’est pas forcément malade. En plein été, des bords de feuilles jaunis puis grillés traduisent souvent un manque d’eau combiné à la chaleur, surtout sur un arbre planté depuis moins de trois ans. À l’inverse, un sol lourd et gorgé d’eau asphyxie les racines et favorise les pourridiés, des champignons du sol qui provoquent un dépérissement brutal. Avant de traiter, vérifiez l’humidité du sol à une vingtaine de centimètres de profondeur.
Chancre coloré et tigre du platane : des maladies du « vrai » platane
On lit souvent que le mûrier platane peut être atteint du chancre coloré. C’est une confusion due au nom de l’arbre. Le chancre coloré est causé par le champignon Ceratocystis platani, qui ne s’attaque qu’aux platanes (genre Platanus) et fait l’objet d’une lutte obligatoire sur tout le territoire. Il en va de même pour le tigre du platane, une petite punaise qui décolore les feuilles des platanes. Ni l’un ni l’autre ne concerne votre mûrier. Si vous avez de vrais platanes ou d’autres grands arbres au jardin, je vous renvoie à mon article sur les maladies du chêne pour la démarche de diagnostic, qui reste proche.
Comment soigner un mûrier platane malade
Pour la plupart des problèmes de feuillage, il n’existe pas de traitement miracle, et ce n’est pas grave : un mûrier platane vigoureux supporte bien une saison de taches. Voici l’ordre dans lequel je procède :
- Écarter le longicorne tigre en inspectant le tronc et les charpentières.
- Supprimer les rameaux morts ou tachés en coupant dans le bois sain, avec des outils désinfectés entre chaque coupe.
- Ramasser et évacuer les feuilles malades à l’automne.
- Corriger l’arrosage : copieux mais espacé en été sur un jeune arbre, jamais de sol détrempé en permanence.
- Ne recourir à un produit (soufre contre l’oïdium, cuivre en hiver contre les maladies bactériennes) qu’en cas d’attaque forte et répétée, en suivant l’étiquette.
Pour un arbre âgé qui dépérit, avec des branches mortes au-dessus d’une zone de passage, faites intervenir un arboriste : il pourra juger de la solidité des charpentières et, si besoin, de la nécessité d’un abattage.
Prévenir les maladies du mûrier platane
- Achetez des arbres sains auprès d’un pépiniériste, en vérifiant l’absence de trous et de sciure sur le tronc, surtout dans les régions où le longicorne tigre est présent. Si vous comparez les offres, mon article sur le prix d’un mûrier platane de 3 m vous donnera des repères.
- Plantez dans un sol drainant, en plein soleil, avec assez d’espace pour que la ramure s’aère.
- Taillez en hiver, hors période de gel, avec des outils propres et tranchants.
- Protégez le tronc des chocs d’outils de jardin.
- Inspectez le tronc chaque année entre mai et septembre, période où les trous de sortie récents et la sciure sont les plus visibles.
FAQ sur les maladies du mûrier platane
Quel parasite attaque le mûrier platane ?
Le plus dangereux est le longicorne tigre (Xylotrechus chinensis), un coléoptère asiatique dont les larves creusent des galeries dans le tronc et les branches. Il est présent en France depuis 2018, notamment en Gironde et en Occitanie, et sa présence doit être signalée à la DRAAF ou à la FREDON. Des cochenilles et des pucerons peuvent aussi s’installer sur les jeunes rameaux, sans gravité pour un arbre vigoureux.
Pourquoi mon mûrier platane a-t-il des trous dans le tronc ?
Des trous parfaitement ronds d’environ 5 à 6 mm, avec de la sciure au pied ou des coulées de sève, sont les trous de sortie du longicorne tigre. Photographiez-les et signalez-les sans déplacer le bois.
Pourquoi les feuilles de mon mûrier platane ont-elles des taches marron ?
Des taches brunes à noires cernées de jaune, avec des rameaux noircis, évoquent la bactériose du mûrier. Des petites taches marron régulières après un printemps pluvieux viennent plutôt de champignons. Dans les deux cas, coupez les parties atteintes et ramassez les feuilles tombées.
Le mûrier platane peut-il avoir le chancre coloré ?
Non. Le chancre coloré, causé par Ceratocystis platani, ne touche que les platanes du genre Platanus. Le mûrier platane est un mûrier et n’est pas concerné.
Faut-il abattre un mûrier platane atteint par le longicorne tigre ?
Les services de l’État indiquent que l’élimination des branches infestées et l’abattage des arbres atteints, suivis d’un broyage fin ou d’une incinération, sont les seuls moyens efficaces d’arrêter l’insecte. La décision et le calendrier se prennent avec la DRAAF ou la FREDON après constat.
